Hommage à Tomi Ungerer (1931-2019)

vendredi 22 février 2019, par Catherine Bogaert, Philippe Lejeune

L’histoire d’un chat

Tomi Ungerer, auteur de livres pour la jeunesse (Otto, autobiographie d’un ours en peluche, 1999), graphiste, dessinateur, caricaturiste, vient de nous quitter. Il est spécialement cher au cœur de l’APA pour avoir créé l’affiche de l’exposition Un journal à soi (ou la passion des journaux intimes) (Bibliothèque municipale de Lyon, septembre-décembre 1997).

Nous étions entrés en contact avec lui par l’intermédiaire de Sylvie Beauchière. Nous avons tout de suite été séduits par sa proposition à la fois humoristique et poétique, une idée profonde sous un aspect ludique. Oui, le journal est une série de traces, l’empreinte digitale du temps et du moi. Oui, il est répétitif. Oui, c’est bien là l’encre violette et le cahier de notre enfance. Oui, le texte est propre, sans rature. Oui, le diariste est attentif et soigneux. Et oui, pas de doute, le diariste est un chat. Un chat ? Mais voyons, ce n’est pas sérieux ! Puéril ! De bons esprits ont protesté. Et le respect de la Littérature ? Cette taquinerie complice a pu être vue comme faute de goût. N’allait-on pas miauler aux portes de l’expo ? Il n’en a rien été. Ce chat sans défense a fait sourire, il a mis à l’aise, il était désarmant. Il a patronné l’exposition. On l’a vu un peu partout, décliné en affiches immenses, en couverture du catalogue, en format carte postale. Toujours le même, appliqué, concentré sur sa tâche, jamais distrait.

Tomi Ungerer a par ailleurs prêté pour l’exposition son journal d’enfance, tenu en français en 1943-44 (en réaction contre la germanisation de l’Alsace) et illustré dans les marges, et son carnet de route de jeune cyclo-campeur, avec collage de moult pièces justificatives.

Une fois l’exposition close, tous les journaux s’en sont retournés chez eux, seul est resté, veillant sur leur mémoire, ce chat. Et peu à peu, étendant sa protection aux autres écritures autobiographiques, il est devenu en quelque sorte l’emblème de l’APA elle-même. Merci, Tomi Ungerer !