La Chute du ciel © Aruac Filmes

Film de Gabriela Carneiro da Cunha et Eryk Rocha, avec les Yanomani

par Madeleine Rebaudières

Davi Kopenawa est resté un homme de la forêt où il est revenu vivre après avoir tenté de travailler avec les Blancs (à la Funai, Fondation nationale des peuples indigènes). C’est ce qu’il raconte à son ami anthropologue Bruce Albert. Il est devenu un défenseur de son peuple, après avoir été initié comme chaman par son beau-père. Sa propre famille a été décimée par les contacts avec les Blancs : massacres, maladies (les Indiens ne sont pas immunisés contre les maladies des Blancs et ils en meurent.)
Suite à la magnifique exposition des photos de Claudia Andujar à la Fondation Cartier en 2020, la création de la CCPY (Commission pour la Création du Parc Yanomani), avec Bruce Albert et Davi Kopenawa, un territoire avait été délimité et reconnu officiellement pour les Yanomani. Mais Bolsonaro a voulu le réduire et a encouragé l’exploitation des richesses de la forêt (or, magnésium, étain, etc.) et de la forêt elle-même, alors que c’est la vie des Yanomani qui en dépend. Encore aujourd’hui, les orpailleurs, très nombreux, envahissent leur territoire, polluent leur eau et leur terre et les menacent avec leurs armes.

Le film inspiré de l’ouvrage éponyme, La chute du ciel, paroles d’un chaman Yanomani, montre la très grande richesse de la culture Yanomani, en symbiose avec leur terre, leurs animaux et la forêt, les plantes hallucinogènes qui leur permettent d’interpréter leurs rêves. Ils utilisent les nouvelles technologies pour communiquer à travers leur territoire (radio, téléphones, internet, réseaux sociaux) et marient médecine traditionnelle et médecine occidentale. La place des enfants est particulière, ils sont leur richesse, la promesse d’avenir de leur communauté, jamais exclus de la vie communautaire, ils sont partout à leur place, initiés dès leur jeune âge à la vie du groupe et toujours paisibles.

Malheureusement, certains jeunes sont tentés de rejoindre les orpailleurs, et les anciens y sont très attentifs car c’est le début de la fin des Yanomanis. « La chute du ciel », c’est l’apocalypse qui est annoncée et va s’abattre sur la terre, dès qu’il n’y aura plus de chamans pour préserver l’humanité. On ne peut qu’être concernés et interrogés par cette fin annoncée qui rejoint tous les dangers dénoncés par les écologistes. Les images exceptionnelles de ce film épique montrent un ciel très menaçant que le peuple des villes et des marchandises ne sait pas voir. Ce n’est pas un documentaire sur les Yanomani, mais une immersion dans la vie de ce peuple… à la fois mystérieux et si humain.

Il faut aller d’urgence voir La chute du Ciel ! Une splendeur qui donne à penser ! Et lire Davi Kopenawa lorsqu’il annonce l’apocalypse dans son livre coécrit avec Bruce Albert en 2010, dans la collection « Terre humaine », si bien nommée :

« La forêt est vivante. Elle ne peut mourir que si les Blancs s’obstinent à la détruire. S’ils y parviennent, les rivières disparaîtront sous la terre, le sol deviendra friable, les arbres se rabougriront et les pierres se fendront sous la chaleur. La terre desséchée deviendra vide et silencieuse. Les esprits xapiri qui descendaient des montagnes pour venir y jouer sur leurs miroirs s’enfuiront au loin. Leurs pères, les chamans, ne pourront plus les appeler et les faire danser pour nous protéger. Ils seront incapables de repousser les fumées d’épidémie qui nous dévorent. Ils ne parviendront plus à contenir les êtres maléfiques qui feront tourner la forêt au chaos. Nous mourrons alors les uns après les autres et les Blancs autant que nous. Tous les chamans finiront par périr. Alors, si aucun d’entre eux ne survit pour le retenir, le ciel va s’effondrer. »