Douleur et gloire

mercredi 12 juin 2019, par Catherine Merlin

De nombreux critiques ont insisté, en parlant du dernier film de Pedro Almodóvar Douleur et gloire, sur son soubassement autobiographique. Je ne sais ce qu’il en est, si le cinéaste s’est exprimé à ce sujet, s’il a explicité l’intention autobiographique qu’on lui prête. Toujours est-il qu’il est facile d’extrapoler, à partir des éléments que le film nous présente d’emblée. Le personnage central, Salvador Mallo, est bien un réalisateur célèbre, prématurément vieilli et que son mauvais état de santé (arthrose, migraines, asthme et j’en passe) empêche de continuer à travailler – autant dire que cela l’empêche d’exister, étant donné l’importance qu’il accorde à son métier. La reprise des relations avec Alberto, son frère ennemi, l’acteur qui avait fait le succès de son premier film, le confronte à l’impasse où il a échoué. Il se produit une sorte de dédoublement du personnage, également projeté dans la figure du comédien, auquel il donne le droit d’interpréter un texte intime retrouvé dans son ordinateur, disant alors : « C’est un texte où je fais des aveux, alors que je ne veux pas qu’on m’identifie. »

Pas de film d’Almodóvar sans figures de femmes, et ici il ne s’agit pas des amantes, mais de la mère de Salvador, évoquée à tous les âges où il l’a connue (et interprétée jeune par Penelope Cruz, âgée par Julieta Serrano). Figure maternelle idéalisée dans les scènes bucoliques de l’enfance (les femmes lavant le linge à la rivière, la maison troglodyte…), mais aussi objet de relations conflictuelles et qui lui renvoie tardivement l’accusation : « Tu n’as pas été un bon fils ».

Un autre fil conducteur du récit, où les réminiscences reviennent constamment ponctuer le temps présent, est le personnage d’Eduardo, l’ouvrier auquel Salvador enfant a appris à lire. Doué pour le dessin, Eduardo a fait son portrait, que Salvador retrouve par hasard. C’est l’occasion pour lui de remonter à l’origine du « premier désir », de cette première émotion sensuelle qui avait fait littéralement s’évanouir l’enfant qu’il était. Ainsi le corps, très présent dans le film, s’avère avant tout un corps douloureux ; il y a beaucoup plus de douleur que de gloire dans cette histoire.