Gabrielle De Conti : Sur les chemins de Jean-Jacques

lundi 15 avril 2019, par Madeleine Rebaudières

éditions Unicité, 2019
préface de Rémy Hildebrand

« Un homme illustre me guide par des signes. Le dessein de mon histoire se trace ainsi sur les lieux de la sienne. Sur ses chemins, pas à pas, je découvre le mien. »

C’est à Genève, lors des journées de l’APA en mai 2012, pour les 20 ans de l’association et le tricentenaire de la naissance de Rousseau, que Gabrielle De Conti visite la maison de naissance de Rousseau, devenue "Maison de Rousseau et de la Littérature". Lors de la représentation d’extraits des Confessions, elle a un échange avec un participant au sujet des enfants abandonnés par Rousseau, ou « confiés à l’éducation publique, plus exactement », selon celui-ci, qui se trouve être Rémy Hildebrand, le Président du Comité européen Jean-Jacques Rousseau. Il lui propose de l’emmener en voiture à Bossey (lieu du presbytère du pasteur Lambercier) et à Confignon où Rousseau s’était enfui à pied et où il fut converti par le curé Benoît de Pontverre. Ainsi commence pour Gabrielle De Conti la découverte des lieux où Rousseau a vécu et qu’il a parcourus, au long de sa vie. Elle poursuit, par l’écriture à propos de ces lieux, les chemins de sa propre vie.

Comme lui, elle est orpheline et toujours en recherche d’un père, d’un guide. Le sujet de l’enfance abandonnée court tout au long du livre. Elle se reconnaît fille spirituelle de Rousseau. Un jour, elle découvre à Grenoble, sa ville natale, le Journal de l’avocat Bovier qui parle du Mont Jalla sur lequel Rousseau et Bovier se sont aventurés en 1768. Le chemin monte raide « au-dessus des vignes de Saint-Martin-le-Vinoux » jusqu’au Fort de la Bastille. C’est le chemin de la grande tragédie d’avant sa naissance, où, pendant la Seconde Guerre mondiale, sa mère, alors jeune fille, est allée « porter un panier de nourriture à un ami résistant, caché dans le maquis » et où elle a sauté sur une mine qui l’a blessée gravement. Les deux fillettes qui l’accompagnaient, âgées de 11 et 6 ans, étaient les filles de son futur père, elles furent tuées par la mine. Leur mère pensait qu’elles seraient plus en sécurité dans ce village qu’en ville. Un drame terrible, longtemps tu dans la famille.

Le malheur de Gabrielle De Conti, c’est que, sept ans après ce drame, son père a abandonné sa mère, alors qu’elle était enceinte d’elle. Dans le Journal d’une orpheline, deuxième texte qu’elle a déposé à l’APA, elle évoque sa rencontre avec une ancienne amie de la famille qui lui fait comprendre pourquoi son père a quitté sa mère. Et il aurait dit : « Je regrette pour l’enfant ». Gabrielle reçoit cette phrase comme un « cadeau », « une phrase de mon père liée à moi, enfin ! ». Dans La petite porte, son premier texte déposé à l’APA, elle écrit : « La littérature, cet arbre généalogique, je rêve d’en être un fruit, même petit, insignifiant, mais accroché dessus ». Mais quel fruit plein de saveurs ! Par le chemin des mots, Gabrielle accède enfin à une sorte de sérénité : « Dans quelques années, cette lumière s’éteindra, et moi je veux voir ce qui se trouve encore dans la lumière », écrit-elle dans La Cascadeuse, publié à l’Harmattan en 2005.

L’ouvrage Sur les chemins de Jean-Jacques, très bien écrit, est composé de petits chapitres développant un épisode ou un thème précis de la vie de Jean-Jacques Rousseau. On y apprend beaucoup sur la vie de Rousseau, et on est renvoyé maintes fois à la lecture des Rêveries d’un promeneur solitaire. Ainsi dans le chapitre « le chant du cygne » où Rousseau évoque sa chute à la descente de Ménilmontant. Par-delà l’intérêt de cette recherche érudite sur Jean-Jacques Rousseau, on admire à l’œuvre la force rayonnante de la littérature, titre du troisième texte déposé à l’APA, par Gabrielle de Conti. La littérature permet, en réinterprétant son histoire, d’en changer la représentation et d’exorciser le malheur, ainsi que le montre Boris Cyrulnik dans son dernier opus, La nuit, j’écrirai des soleils (Odile Jacob, 2019).

On peut se procurer Sur les chemins de Jean-Jacques auprès de l’éditeur
On peut lire aussi de Gabrielle De Conti : La cascadeuse, présentation et commande chez L’Harmattan
Voir aussi sur notre site :
le compte rendu de la matinée du journal du 2 décembre 2017
Et le billet sur l’inauguration du chemin Jean-Jacques Rousseau

Merci à Elisabeth Cépède, Claudine Krishnan et Guy Mercadier dont les échos de lecture des textes déposés à l’APA par Gabrielle de Conti ont permis d’enrichir cet article.