Olonne Film Festival (OFF) 2016

mardi 22 novembre 2016, par Line Roux-Calviera

Petite Lanterne, Olonne-sur-Mer, Vendée

Trois jours d’exploration cinéma et autobiographie consacrés à la mer et surtout aux femmes et hommes qui en vivent, qui s’y confrontent et nous la racontent en images. En cette année de Vendée Globe, le thème retenu était la mer et la pêche. Celui-ci a été enrichi d’un partenariat avec OCEAM une association de défense du patrimoine maritime local.

Le premier film présenté en ouverture vendredi soir a donné le ton : Un pesce fluor d’acqua, Un poisson hors de l’eau (2015, 14mn), film autobiographique d’une jeune italienne, Rossella Mezzina. Fille de pêcheur, Rossella choisit de faire sa vie loin de ses origines, rompant ainsi le schéma familial traditionnel. Pour tenter d’y voir plus clair sur ses choix et renouer avec sa famille, elle nous livre un magnifique portrait de son père, passionné par son métier, et de sa mère qui a accepté son rôle de « femme de pêcheur ». Avec une certaine malice, celle-ci lui renvoie son questionnement : es-tu plus heureuse que moi ? Documentariste, en recherche sur la famille, la place de la femme, elle a voulu commencer par sa propre histoire. Un premier film - qu’elle a voulu court – très réussi.

Toujours en Italie, c’est la vie d’un village que nous propose le magnifique film de Shu Atello et Catherine Catella : Un paese di Calabria, un village de Calabre, 2016, 1h30. Au cours de son histoire, Riace comme beaucoup de villages du sud-ouest de l’Italie, a connu la mort lente avec les vagues d’immigration de ses habitants, dues au chômage, à la mafia. Puis d’autres vagues ont amené des embarcations de migrants sur la plage. Une calamité de plus ? Non plutôt une chance que le maire et la majorité de ses administrés ont accueillie. Aujourd’hui, rien n’est simple, mais le village revit et se réinvente : un nombre d’habitants plus que doublé, vingt-deux nationalités différentes, des enfants… Et qui plus est, Riace n’a pas perdu ses traditions culturelles ni cultuelles. Une belle démonstration que ce qui fait tant peur à certains, à savoir la perte d’identité, n’a pas de fondement à qui sait tendre la main à celui qui vient d’ailleurs. A l’entrée du village, il est écrit « L’accueil, c’est nos racines ». Les deux réalisatrices, qui n’ont malheureusement pas pu être présentes, se sont posé cette question : « Qui sont ces gens qui ont réussi à pratiquer un accueil évident, pragmatique et en toute simplicité ? La réponse est dans ce magnifique film. Il sort en salles le 8 février. Courez le voir !

C’est avec un grand plaisir que nous avons retrouvé Jean-Yves Legrand et son film Zone dépressionnaire que les apaïstes qui participaient aux Journées de Nantes avaient apprécié. Rompre avec la routine du quotidien, guérir d’un double deuil, tel est le projet de Jean-Yves lorsqu’il quitte la terre ferme de Bretagne pour naviguer en solitaire. Mais la solitude, la fatigue, la peur face aux éléments lui tombent dessus et c’est avec beaucoup de sincérité qu’il nous livre la complexité de ses états d’âmes. Samedi il nous a présenté un autre de ses films La vie de château (1998, 54 mn). Expérience à bord du chalutier sablais Eon An Hent pour une campagne de quinze jours à l’ouest de l’Irlande. Discret et attentif au rude quotidien de ces hommes, c’est un regard très humain que porte Jean-Yves Legrand sur Dominique le patron et ses trois matelots. Fiers de leur métier, ils n’auraient pas fait d’autres choix que celui-là, parfois contre la volonté du père, mais avouent qu’être aussi longtemps loin de la famille et ne pas voir grandir les enfants est frustrant.

C’est aussi ce que nous montrent quatre autres films :

Pierre Brunet, marin-pêcheur (2012, 28mn), portrait d’un marin chaumois (La Chaume est le quartier historique des marins aux Sables d’Olonne), embarqué comme mousse à 14 ans. Petite Lanterne, en partenariat avec l’association Mémoire des Olonnes a réalisé un très beau portrait de cet homme qui raconte un métier et son évolution, avec simplicité et authenticité.

Pêche à Terre-Neuve en 1935, documentaire en noir et blanc du commandant de pêche Henri Lerède, tourné en 8 mm et restauré par la Cinémathèque de Bretagne, est un document autobiographique exceptionnel sur la pêche à la morue. Film de 29 mn, muet à l’origine, il a été sonorisé en 2010 avec le commentaire d’Aimé Lefeuvre. Un document précieux qui témoigne du travail et du quotidien de ces pêcheurs à la morue à bord du trois-mâts goélette « Lieutenant René Guillon » de la Société des Pêcheries Malouines.

Racleurs d’océan d’Anita Conti (1953, 20mn). Née en 1899, Anita Conti est la première océanographe française. Elle a laissé 40000 photographies, une dizaine de films, des livres, des poèmes. Ce film, qu’elle réalise au milieu de soixante hommes, relate une campagne morutière de six mois sur le chalutier « Bois rosé » de Fécamp en 1952. Film muet à l’origine, il a pu être sonorisé avec la voix de Hyacinthe Chapron grâce à son journal de bord paru la même année sous le même titre. Son fils, Laurent Girault-Conti, nous a parlé d’elle, « la Dame de la Mer », avec beaucoup d’admiration et d’émotion. En 1971, elle publie L’Océan, les bêtes et l’homme, où elle établit le bilan de ses recherches quant aux conséquences de l’activité humaine sur l’océan. Pour en savoir plus, de nombreux documents sont sur internet.

Donne un poisson à un homme (2015, 23mn) de Iyad Alasttal, jeune cinéaste palestinien. Il n’a pas eu l’autorisation de sortir de Gaza et c’est par Skype que nous avons pu échanger avec lui. Il a réalisé ce film en Corse où il suivait une formation. Sur le bateau de Michel, pêcheur d’Ajaccio, ils échangent leurs expériences. Michel lui transmet son savoir faire tandis qu’Iyad raconte les difficultés des pêcheurs de Gaza. Les beaux paysages de Corse et les vers du poète palestinien Mahmoud Darwich confèrent au film beauté et profondeur.

La table ronde avait pour thème « La voix off » présente dans plusieurs films du festival. Deux courts films autobiographiques vus juste avant en étaient aussi l’illustration. Le sac à dos de Brahim (2013, 5mn) de Benoît Labourdette, souvenir d’un amour défunt, et Maraudeur (2015, 11mn30) de Bénédicte Loyen, portrait de son grand-père à travers ses souvenirs d’enfance.

Cette année le concours de films de 5 mn s’intitulait « Tranche de vie… prend le large ». Parmi les 24 films sélectionnés, le prix du public est allé à Tunisie 2045 de Ted Hardy-Carnac, récompensé par l’intégrale d’Agnès Varda, le prix du jury à Ama film collectif de L’École des Gobelins, qui a reçu un tableau d’un artiste sablais Bernard Philippeaux.

Enfin deux ciné-concerts accompagnés de créations musicales ont ouvert et clôturé cette 5ème édition du festival OFF très réussie : Finis Terrae (1929, 1h20mn) de Jean Epstein, illustré par le duo Bleu Pétrole de Killian Bouillard et Tillman Voltz et La croisière du Navigator de Buster Keaton, avec Laurent Pontoizeau, homme orchestre.

Merci à Dominique et Pierre Laudijois et à toute l’équipe de bénévoles de l’association Petite Lanterne. Pour diverses raisons, le festival OFF devient biennal. Rendez-vous donc à novembre 2018 !

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Olonne film festival 2016
Le jury du concours "tranche de vie... prend le large"

Le jury du concours « Tranche de vie… prend le large » : Mathieu Dardot, élève de terminale au lycée Tabarly, Jean-Yves Legrand, navigateur et cinéaste, Yann Pierre, scaphandrier, réalisateur, Elodie Faria, programmatrice Art et Essai et Bénédicte Loyen, actrice, photographe et cinéaste. Manquante sur la photo : Rossella Mezzina, cinéaste, créatrice d’un festival de films de famille et autobiographiques « Miroirs » à Genève.