Rencontre : Poésie et autobiographie

mardi 10 juin 2014, par Catherine Merlin

A l’invitation de Sereine Berlottier, en résidence d’écrivain à Paris, l’APA a participé le 24 mai dernier à une rencontre qui s’est tenue à la Bibliothèque Marguerite Audoux (Paris 3e) : Poème, journal, autobiographie : les routes de soi.

Les lecteurs étaient venus nombreux pour cet événement organisé par le bibliothécaire Mathieu Brosseau avec la Scène du Balcon, une association de création, de diffusion, de formation et d’action culturelle. La rencontre a commencé par un échange entre Sereine Berlottier et le président de l’APA, Philippe Lejeune, sur la notion de journal intime ou journal personnel, ses origines avec (et avant...) Jean-Jacques Rousseau, l’évolution de cette pratique et l’impact sur elle des nouvelles technologies d’information et de communication (voir à ce sujet le dossier du numéro 66 de la Faute à Rousseau, "Ego Numericus").

Il s’agissait également de situer dans le paysage littéraire la place du journal, sachant qu’il n’a pas toujours bonne presse, et que des auteurs comme Maurice Blanchot se montrent très critiques à son égard. Mais Philippe Lejeune estime que le journal et, de manière plus générale, l’écrit autobiographique ne fait que commencer à s’épanouir en tant que genre littéraire ; ce type de texte devrait devenir de plus en plus un instrument de création pour des formes nouvelles d’expression, comme l’ont déjà montré des œuvres telles que celle de Michel Leiris.

On a ensuite examiné les connexions improbables entre poésie et journal selon la question posée par Sereine Berlottier : « Le fil rouge de cette résidence, c’est une interrogation quant aux relations du poème et du journal. Or, quand on pense à l’autobiographie et au journal, a priori, on est très loin de la poésie (...) et l’on sait que la poésie n’a cessé, depuis la fin du XIXe siècle, de s’affranchir de ses définitions génériques, brouillant ses pistes, et qu’on ne peut pas aisément la définir aujourd’hui par des critères formels. »

Cette problématique a été traitée par Elizabeth Legros Chapuis, qui a exposé comment ces deux formes semblent effectivement n’avoir rien de commun, ni dans la forme, ni dans le fond : usage du langage, rapport au réel, structure, sens, expression de soi, tout les sépare. Mais cependant, a-t-elle affirmé ensuite, poésie et journal se croisent aussi, comme dans le poème en prose, et surtout à la faveur de la fragmentation et du métissage des formes qui se sont développés dans la littérature contemporaine. On obtient ainsi, en fait, deux sortes de convergences : d’une part, les poèmes – plus ou moins aboutis – contenus dans des journaux d’écrivains, en une sorte de laboratoire poétique (par exemple chez Jean-Michel Maulpoix, Paul de Roux, Gérard Haller) ; d’autre part, des journaux ou des récits autobiographiques écrits sous forme de poèmes (Aragon, Queneau, Jean Cayrol, William Cliff...). Au bout du compte, deux formes qui, plutôt que s’opposer, se superposent : « A l’instar de la poésie, dont elle a tout à la fois la transparence et l’opacité, l’autobiographie ne serait-elle pas elle aussi, à ce titre, l’œuvre des significations superposées ? » écrit Daniel Oster dans L’Individu littéraire.

Parmi les déposants de textes autobiographiques à l’APA, certains ont également choisi de s’exprimer sous la forme poétique, et c’est ainsi qu’en dernière partie de la rencontre, Véronique Leroux-Hugon a prêté sa voix à quelques-uns d’entre eux : Henry Jacques Dupuy (dont l’œuvre a fait l’objet d’une Matinée du journal en novembre 2013), Denis Dabbadie, avec des textes extraits du Cahier de l’APA "Avec le temps", et Théodore Klein, qui a déposé à l’APA une autobiographie manuscrite en vers, un ensemble étonnant de 3180 alexandrins.

Au cours du débat qui a suivi, les auditeurs ont pu s’informer sur le fonctionnement de l’APA, ses activités, le mode de dépôt et de conservation des documents qu’elle prend en charge.