Simonne Pouey-Mounou : Eclats de vert, biographie

jeudi 5 décembre 2013, par Anne Miguet

Ubiquité Editions, 2012

Éclats de vert : cette biographie de Louis Pouey-Mounou (né en 1928, initiateur de la « Coulée verte ») mérite d’être remarquée. Le titre est expressif : il dit, de la Vie, l’irrépressible éclatement, l’irrépressible viridité.

On y découvrira une documentation passionnante sur l’émergence progressive à partir des années 70 de la conscience écologiste. Car avant de devenir mouvement, voire parti, elle est cela, une conscience qui naît, des étincelles qui s’allument ça et là, qui vont se rejoindre,chez quelques attentifs, qu’on va d’abord prendre pour des illuminés, en tout cas des marginaux. Or l’Histoire nous l’apprend, ce qui vient des marges, bientôt occupe le centre. Qui eût cru à l’époque qu’il y aurait un jour un ministère de l’écologie ?

Louis est architecte, passionné d’urbanisme. Cette passion de Louis le lie à des usagers et à des riverains. Pas étonnant donc qu’il soit tôt confronté au danger de l’hydre financière, pour qui ni la valeur usagère, ni la valeur riveraine ne vont plus compter. Or pour Louis, pour d’autres avec lui, ces valeurs que le négoce tend à nier sont non négociables. Donc il s’insurge, il s’indigne. Oui pour que chacun et non pas lui seulement puisse demeurer le poète de sa propre vie, il convient de refuser les radiales qui déchirent le tissu urbain, de refuser les cages à lapins, de refuser l’extinction des roses et des jardins, des fontaines et des blessures qu’on y lave.

Ce combat de Louis va bousculer toute sa vie. Nous rencontrerons par le menu, dans le livre que lui consacre son épouse, l’histoire de ces luttes particulières, et des gens qui juste après les trente glorieuses s’y enrôlèrent, mais souvent ne cherchèrent pas à se mettre en avant. Peu à peu cependant naîtront des tribunes, des journaux, des professions de foi. Longtemps le mouvement demeure exclusivement associatif. Puis il tentera de se politiser sans échapper aux contradictions internes de ce choix.

Simonne Pouey-Mounou qui écrit dans l’ombre de Louis,dans l’intention déclarée de rendre hommage à l’œuvre de son époux, nous a aussi livré, indétachables d’elle, des fragments de sa vie.

Parlant donc de l’émergence dans les années 70 de la conscience écologiste, et des combats qui ont suivi, parlant par rebond de la vie de Louis, l’un de ceux qui les mena, comme par mégarde, Simonne en arrive à parler d’elle-même, et nous sommes enchantés de ces essais comme fortuits, qui nous donnent non seulement une sensibilité si riche, mais aussi une plume moins journalistique que littéraire. Car l’épouse de l’architecte est agrégée de lettres classiques. Et toute discrète qu’elle soit, cela finit par se savoir. Nul n’échappe à ses émotions, nul n’échappe à ses talents. Parce qu’elle n’y songe même pas, et que cette part n’est là que par accident, cette part en sourdine a la grâce de l’inespéré. Elle est magnifique.

Nous y devinons une femme dotée d’une résistance et d’un humour à toute épreuve, une femme dont la modestie est souveraine, et qui cependant ne renonce jamais à être aussi elle-même, à exercer un métier qui non seulement pendant de longues années va être le seul à permettre de faire vivre la petite famille, mais qui va demeurer tout au long de ces mêmes années un métier d’engagement et de passion. Et pourtant c’est dans l’effacement que Simonne invente jour après jours sa façon de resplendir. Toute femme sera émue, par cette geste en filigrane de celle qui aborde aussi avec une pudeur toute grecque, et un sens de la vérité qui ne l’est pas moins, les zones de doute, de questionnement, de fragilité. L’écriture de ces éclats de vert est le signe que pour Simonne, en dépit de quelques échecs, la balance a penché du côté de la beauté.