Journées de l’autobiographie 2018, Correspondances

dimanche 1er juillet 2018, par Bernard Massip

Comme chaque année les principaux contenus des Journées seront repris dans La Faute à Rousseau n°79, à paraître en octobre 2018.

Correspondances à Ambérieu

C’est dans l’Espace1500 d’Ambérieu, un beau complexe autour d’une salle de concert, que se sont tenues du 22 au 24 juin les Journées de l’Autobiographie 2018, 27èmes du nom.

Elles étaient consacrées aux Correspondances et se sont attachées à réfléchir à ce qu’apportaient, à côté des lettres publiées de personnalités ou d’écrivains, les correspondances de tout un chacun conservées dans les fonds autobiographiques de l’APA ou d’autres associations européennes. Elles ont réuni une centaine d’inscrits, sans compter un certain nombre d’Ambarrois ou de Lyonnais venus assister aux conférences ou projections en accès libre. Comme à l’accoutumée, elles ont donné lieu à une grande variété d’approches au travers de tables rondes, de projections de films, d’ateliers d’information, de lecture ou d’écriture, de cartes blanches...

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Philippe Lejeune et Gilles Piralla inaugurant les Journées

Elles ont été ouvertes le vendredi soir, conjointement par Philippe Lejeune et par Gilles Piralla, premier adjoint au maire d’Ambérieu, en charge de la culture. Puis, nous sommes d’emblée entrés dans le vif du sujet avec la projection du film La cicatrice de Laurent Verray construit à partir de la correspondance très fournie d’une famille de la bourgeoisie intellectuelle libérale, les Résal, pendant la Grande Guerre. Les extraits de lettres entre les parents Résal et leurs six enfants, avec quatre garçons partis à la guerre, dont l’un ne reviendra pas, superbement lus - ah la diction magnifique d’Anne Alvaro incarnant la mère - tandis que défilent des photographies de famille, des maisons et des objets conservés, de divers documents issus des archives audiovisuelles de l’armée, recréent avec force et émotion l’ambiance de l’époque. Elles donnent aussi quantité d’informations sur les conditions de vie à l’arrière comme au combat ou dans les naissantes unités aériennes, évoquent les douleurs de la perte et les voies de la résilience.

L’autre film projeté le samedi soir, A mon inconnu que j’aime de Rémy Collignon, également en présence du réalisateur, évoque les marraines de guerre qui, durant la guerre d’Algérie, entretenaient des correspondances avec des appelés pour leur apporter soutien et réconfort. Et plus si affinités... Plusieurs couples sont nés de ces correspondances, dont celui des parents du réalisateur. Plus classiquement basé sur des interviews, souvent savoureuses, d’anciennes marraines évoquant aujourd’hui leurs souvenirs ou lisant de extraits de lettre échangées, ce film dégage une constante émotion.

La table ronde du samedi était centrée sur les Lettres d’amour. Y ont été présentés successivement : par Gwenaëlle Sifferlen l’immense corpus des lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo, magistralement publié en ligne par l’équipe de Florence Naugrette à l’université de Rouen ; par Christine Caille, les lettres d’amour dans le fonds de l’APA ; par Bénédicte Obitz, les lettres d’amour et d’amitié entre frères et sœurs ; enfin, par Sabine Kraenker, les lettres de rupture.

C’est à la transmission des correspondances, à leur classement, leur édition et leur usage, aux précautions aussi qu’il convient de prendre à l’égard des ayants-droits, qu’était consacrée la table ronde du dimanche après-midi. Introduite par Gérald Cahen elle a permis d’approcher en parallèle les expériences et usages de l’APA, présentés par Véronique Leroux-Hugon et du Deutsche Tagebuch Archiv (DTA), présentés par sa présidente, Marlene Kayen. Malcolm Saunders, de son côté, a présenté l’usage qu’il fait des correspondances retrouvées dans l’élaboration de la vaste autobiographie familiale à laquelle il s’est attelé.

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La table ronde du dimanche après-midi : Elizabeth Legros Chapuis, Véronique Leroux Hugon, Malcolm Saunders, Gerald Cahen, Marlene Kayen

Au-delà de ces moments en séance plenière offerte à tous, ce sont les multiples activités organisées en sous-groupe qui font la richesse des Journées. Et qui créent aussi pour tout un chacun une pointe de frustration, car que choisir ?

Dans les ateliers d’information on a pu découvrir des thèmes très variés : les lettres de Baudelaire à sa mère ; la pratique de « couriermaniaque » d’Anne Poiré Gualino ; des exemples de correspondances déposées aux archives de l’Ain ; l’étude menée autour d’un courrier déposé au DTA allemand, provenant d’un travailleur français en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale ; le tout frais Cahier de relecture des textes de l’APA sur Mai 68…
Pour ceux qui avaient envie d’écrire, il y avait l’embarras du choix avec les ateliers de Denis Dabbadie, Guillemette de Grissac, Dominique Limagne et Lise Poiré-Courbet.
De leur côté des apaïstes toulousaines ont présenté les techniques utilisées dans leur groupe afin de s’entraîner à la lecture à haute voix. Atelier très créatif puisqu’il s’est traduit par le surgissement, lors du déjeuner du dimanche, de participant(e)s à l’atelier venant faire de courtes lectures à chaque tablée.
Créatifs aussi, les deux ateliers d’art posté, animés par Emmanuelle Ryser : ils ont ravi leurs participants et donné lieu à de jolies réalisations, mises à la boîte aux lettres dès le soir même pour leur transmission par La Poste vers leurs destinataires.

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Après l’atelier lecture à haute voix des lectrices impromptues surgissent aux tables du repas

Les Cartes blanches offrent un temps qui permet aux participants de présenter à leur initiative divers travaux ou réalisations. Elles ont permis de découvrir : la correspondance, déposée à l’APA-AML belge, de François Houtard (1925-2017) dit le Chanoine rouge, présentée par Francine Meurice ; une correspondance d’Amiel avec l’une de ses amies, présentée par Louis Vannieuwenborgh ; une réflexion sur le travail de deuil à partir de témoignages littéraires, présenté par Christian Zimmermann ; la pratique de vidéo autobiographique de Martine Bousquet et sa proposition de créer un groupe video au sein de l’APA ; les lettres échangées avec son frère, appelé en Algérie, présentées par Jacqueline Desmaretz ; les superbes Cahiers d’Ellen déposés par Nancy Guri Duncan (qui font l’objet d’un article dans La Faute à Rousseau n° 78).

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Nancy Guri Duncan et Philippe Lejeune présentent les cahiers sauvegardés d’Ellen

La grande salle accueillait une courte exposition sur l’histoire de la Poste, prêtée par les archives de l’Ain, ainsi que le sac postal, lieu central et festif où ont été déposées tout au long du week-end diverses correspondances que les participants avaient été invités à rédiger au cours même des Journées. Le dimanche matin, avant les ateliers chacun étaient invité à venir tirer l’une de ces lettres et à la lire à voix haute, découvrant pour soi-même et faisant découvrir au public, ces missives, réelles ou fictives, amusantes ou touchantes, et bon reflet du climat régnant dans les Journées. Ces courriers ont été recueillis par l’équipe organisatrice qui va les exploiter et en rendre compte avec l’enquête réalisée par ailleurs auprès des participants sur leur propre pratique de la correspondance.

De l’avis général, ces Journées ont été un spécialement bon cru. Au-delà de la qualité des interventions et propositions, à quoi cela tient-il ? Au plaisir de se retrouver sur la longueur d’un grand week-end, après une année 2017 particulière où, en raison du déménagement de l’APA, nous n’avions pu organiser qu’une manifestation sur un seul jour sans les à-côtés que permet un temps plus long ? Au thème choisi qui manifestement s’est trouvé plus directement impliquant pour les participants que certains sujets des années antérieures, ce qui s’est traduit par une participation plus active et tonique de chacun ? A la qualité des repas du traiteur choisi cette année, nettement supérieure à ce à quoi nous avait habitués de précédentes Journées ambarroises ? Au beau temps, chaud mais sans excès, légèrement rafraichi par une brise porteuse des suaves odeurs des tilleuls en pleine floraison sur l’esplanade devant l’Espace 1500 et où pouvaient se prolonger les discussions conviviales amorcées dans les petits groupes ou à table ? Un peu de tout cela sans doute…

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Les parapluies des Poiré-Guallino viennent ajouter une note de gaieté...