Edith Thomas, Pages de journal 1939 -1944 suivies de Journal intime de Monsieur Célestin Costedet et Le témoin compromis, mémoires. Edition Viviane Hamy, février 1995.

Edith Thomas, chartiste, conservateur aux Archives nationales, est l’auteur d’études historiques et biographiques, de romans, de nouvelles. La mort de Marie, publié par Gallimard en 1934, a reçu le Prix du premier roman. Mais on connait surtout son Louise Michel (Gallimard, 1971, réédition 2026), éventuellement Les « Pétroleuses » (Gallimard, 1963) ou Rossel (1844-1871) édité en 1967, également par Gallimard. On ne sait pas forcément qu’elle a tenu un journal entre 1931 et 1949. En particulier, pendant l’0ccupation, période où elle accueille chez elle les réunions d’un réseau d’écrivains résistants et note des réflexions et des commentaires sur les événements, mais en évitant de compromettre ses camarades … et elle-même.
S’interrogeant sur ses propres prises de position, elle décide de rédiger en parallèle le journal fictif d’un « bourgeois pétainien » (monsieur Célestin Costedet), qu’elle tiendra du 17 octobre 1940 au 2 mai 1941, pour prendre un point de vue complètement opposé au sien, quelquefois sur les mêmes événements.
Elle complètera ces documents par des « mémoires », réflexion sur son propre parcours intellectuel et politique, dans lesquels elle pourra enfin exprimer sans risque ses opinions et parler clairement de ses activités de résistante et de sa relation compliquée avec le Parti communiste. Ce sera Le témoin compromis, au titre révélateur, rédigé en 1952, et publié après sa mort par sa biographe Dorothy Kaufmann, en même temps que des extraits – choisis par Dorothy Kaufmann - du « vrai » Journal, avec en contrepoint le Journal intime de monsieur Célestin Costedet.
Un questionnement passionnant sur notre rapport à la « réalité » et plus largement sur notre vision de l’histoire !
Marie-Laure Las Vergnas