La table ronde traditionnelle de l'APA, tenue chaque printemps, a eu lieu cette année 2025 le samedi 15 mars à Paris dans les locaux de l’AGECA sur le thème : 

"Le Moi et la Loi. À qui appartient notre histoire ?"


Dès les débuts de la vie de l’association, des questions juridiques ont été abordées par Philippe Lejeune dans une série de chroniques écrites pour La Faute à Rousseau entre 1993 et 1998 et publiées par la suite au Seuil sous le titre  Pour l'autobiographie - Chroniques.

Qu’en est-il aujourd’hui, alors que l’actualité judiciaire rappelle régulièrement aux autobiographes que leurs écrits mettent en jeu d’autres qu’eux-mêmes ? La table ronde avait pour objectif de mêler à l’expérience de l’APA - celle des écritures autobiographiques « ordinaires » non publiées – d’autres regards sur cette question controversée.

Et de fait, le panel constitué par Monique Bauer et son équipe a permis de percevoir un panorama de la situation à ce jour en France, bien équilibré entre les témoignages de pratiques et de cas concrets, et les aspects théoriques et juridique de cette problématique.

Virginie Linhart, écrivaine, réalisatrice, a exposé le contexte dans lequel elle a élaboré ses livres les plus récents, L'Effet maternel  (2020) et  Une sale affaire (2024), les deux parus chez Flammarion. Comment dans sa famille, « la politique prenait le pas sur tout » ; comment pour répondre à la radicalité et la violence ainsi rencontrées, elle a élaboré des formes d’« auto-documentaires » mêlant histoire et intime, documents et témoignages. Une sale affaire raconte la procédure en référé lancée par sa mère et son ex-compagnon pour atteinte à la vie privée. C’est aussi une réflexion sur ce qui dans l’écriture peut être ou non autorisé, « jusqu’où peut-on aller dans le récit de soi ».

Archiviste et ancien chargé de mission de l’APA, Florian Gallien avait mené une intéressante étude faisant le point sur la question préalablement à l’adoption de notre nouveau contrat de don. Il décrit les relations de l’APA avec la loi, thème présent dès l’origine de l’association avec les chroniques de Philippe Lejeune. Les documents déposés à l’APA sont « juridiquement singuliers » : ce sont à la fois des archives privées et des œuvres de l’esprit. Se raconter est un acte de création… De multiples questions se posent lors de la collecte des documents et de leur éventuelle diffusion. L’APA a souhaité par son nouveau contrat de don donner des garanties aux auteurs en définissant des conditions précises de communication de leurs textes.

Pour Laurence Santantonios, créatrice et directrice des éditions du Mauconduit, les textes APA publiés dans le cadre de la collection Vivre/Écrire sont couverts par la convention signée entre l’APA et la maison d’édition, et le contrat d’édition passé avec le/la coordinateur/trice de chaque livre. Elle s’est assurée pour cela les services d’une juriste spécialisée en propriété intellectuelle. Une autorisation est demandée à chaque auteur d’extraits, ce qui donne parfois lieu à une « véritable enquête » pour retrouver les auteurs ou leurs ayants droit.

Enfin Caroline Simon-Provo, avocate, a recadré les propos de tous dans le contexte de la législation actuelle. La publication de récits autobiographiques, journaux et correspondances fait appel à des notions complexes. Il faut distinguer le support matériel des écrits et leur contenu. Les droits d’auteur, eux, se divisent en droits patrimoniaux (cessibles) et droits moraux (non cessibles). Peut-on percevoir des droits sur l’histoire des autres ? Peut-on, sans s’exposer à commettre un délit, écrire des choses fausses (parfois oui…) et des choses vraies (pas toujours…) Comment concilier le respect de la vie privée et la liberté d’expression ? Autant de questions dont les réponses ne sont pas simples…

Compte-rendu par Elizabeth Legros-Chapuis