Note de lecture par Véronique Leroux-Hugon
Le livre débute par l’exploration d’une malle remplie de lettres par Anouk, qui y découvre papiers et lettres échangées entre sa mère, Françoise, et son amie de cœur, Hélène, profondément unies comme le montre le curieux dessin de couverture. Un montage classique fait alterner dans ce livre le carnet d’Hélène, les pages de Françoise et le commentaire, plus bref, d’Anouk.
Exprimée lors d’étés enchanteurs au bord de l’Atlantique à la Bourrine, renforcée par un voyage en Espagne, l’amitié sensuelle entre les deux filles, issues d’un milieu social différent, va se maintenir jusqu’à la mort de ces deux amoureuses, pourtant séparées par des parcours différents, mais liées aussi par une attirance réciproque et un goût précoce de l’écriture, renforcé pour Françoise par la pratique en atelier.
Françoise se marie assez jeune, très amoureuse de Denis qui se révèlera un peu conventionnel, et dont elle va divorcer, sans animosité cependant. Hélène mène une vie mouvementée, puisqu’éprise d’un Bertrand passionné de civilisations orientales, elle va le suivre à Londres, puis Bangkok, Chiang Mai, plus tard Singapour. Moins timorée peut-être que son amie, elle s’accommode du profond égoïsme de Bertrand, de voyages décidés sans son accord, mais sait apprécier des civilisations différentes, décrire ses parcours exotiques, en passionnée. Refusant d’avoir un enfant, Bertrand accepte qu’elle entame les longues démarches d’adoption de Choulee, une petite fille de 4 ans, (puisqu’à cet âge les enfants ne braillent plus !). Déjà Hélène ne se dissimule pas l’attirance de Bertrand pour les petites filles. Entre temps, elle est revenue à Paris et coule avec Françoise des jours délicieux en Vendée, retrouvant la passion de leurs premiers ébats.
Dans les feuilles de Françoise se lit une vie plus ordonnée, moins satisfaisante : très vite elle est « en manque » d’Hélène, quoique comblée par la naissance d’Anouk, un événement qu’Hélène ne vit pas bien.
A plusieurs reprises, la mélancolie (éloignement d’Hélène, divorce) submerge Françoise, qui va consulter une psychanalyste connue, « Madame D. », lui lit des passages de ses écrits, souligne l’importance de l’écriture pour elle au même titre que son amour pour Hélène.
Dans son désarroi, elle rencontre Patrick, un voisin psychanalyste et libraire dont elle se fait un nouvel ami. Il l’embauche dans sa librairie, un job que Françoise apprécie beaucoup.
Repartie à Bangkok, Hélène pendant ce temps a donc, seule, accueilli l’enfant adoptée qui s’apprivoise lentement. De retour en France, Hélène et Françoise s’installent à la Bourrine avec les deux fillettes : cette fois les retrouvailles ne se font pas, si elles restent unies par l’écriture.
Bertrand et Hélène partent à Bangkok : Choulee est heureuse, mais ni le climat ni la vie d’« expat » ne conviennent à Hélène. La relation avec Bertrand, qualifiée de toxique par Françoise, se dégrade d’autant plus que lors d’un séjour à Formentera, Hélène découvre Choulee dans le lit de son père adoptif. Elle le quitte définitivement, met la fillette dans une pension suisse, trouve un travail comme enseignante à Paris. Choulee, récupérée par son père adoptif, fait une école de danse, se drogue, repart avec lui à Bangkok où elle joue les maîtresses de maison. Elle épousera un Américain, ami de Bertrand : triste existence de roman-photo.
Françoise, qui ne parvient pas à se détacher d’Hélène, doit soigner ses parents, malades, puis à leur mort gérer en tant qu’aînée, la succession et la gestion de cette fameuse maison de vacances, que chacun occupera à tour de rôle. Elle y invite Hélène devenue trop indépendante, voire aigrie pour que l’amour de Françoise ou la vie de famille ne l’y retiennent longtemps.
Insatisfaite, Hélène décide de retourner à Londres. En 1995 elle avoue à son amie souffrir d’un cancer très avancé, revient à Paris où elle est hospitalisée en soins palliatifs. Françoise propose de l’emmener à la Bourrine, où elle meurt. Quelques jours après, Françoise se suicide en se noyant dans l’océan.
Marie Christine Roose, qui a déposé un texte à l’APA, a peut-être nourri ce roman de ses propres expériences.