Note par Denis Dabbadie

Les Nuits de Marmottan

Vous avez aimé “le Jour de la marmotte” du film Un Jour sans fin, alors les Nuits de Marmottan sont pour vous ! Jusqu’au 1er mars 2026, le musée parisien présente l’exposition “L’Empire du sommeil”. Une seule section, sur huit, est consacrée à la Nuit, mais chaque Apaïste trouvera là matière à nombre de songeries. Il se recueillera ainsi devant le tableau Jean-Jacques Rousseau endormi dans la grotte des Étroits, à Lyon. Notre jeune Genevois tient encore son livre ouvert dans la main gauche : s’est-il ainsi écroulé d’avoir passé trop de temps à rédiger son journal ?

Le parcours tient parfaitement en éveil le visiteur en multipliant les découvertes propres à lui révéler diverses pistes, selon son humeur : le panneau du peintre néo-classique Simon Klotz La Nuit avec ses enfants, Sommeil et Mort, montre deux anges jumeaux, l’un blond et l’autre brun.

Certes, qui se reconnaîtra devant le bonnet de nuit (singulière vision ─ il flotte dans un espace céruléen sans pesanteur) de Thomas Couture ? Mais le choix est riche, d’autant plus que “le long XIXe siècle” principalement retenu comme cadre temporel s’accompagne d’œuvres modernes (de même que de superbes toiles de Jean-Baptiste Sécheret dialoguent avec Monet, au sous-sol), tel le délicat Dormeur de Georges Jeanclos, génial alchimiste de la terre cuite.

Qui eût soupçonné l’existence d'autoportraits insomniaques ? Edvard Munch s’y est livré à plusieurs reprises. Mon entourage, lui, ne manquerait pas de m’identifier dans la gravure de Thomas Rowlandson intitulée La Trompette et le Basson : le catalogue qualifie élégamment le ronflement de “rossignol de la nuit”.

Étonnante feuille du professeur Jean-Martin Charcot, figurant un impressionnant “désordre des idées” qui mêle esquisses dessinées et bribes de textes, en plusieurs langues ─ une formule permettant de fixer le moi qui nous échappe…

Et l’impénitent dormeur que je suis (le Lycidas de Füssli, sur lequel veille la lune, c’est tout moi) de s’exclamer : hip, hip, Hypnos !