Article Télérama. n° 3960 du 3/12/2025

Leurs vies entre les lignes

Ariane, Mathieu, Amandine… Lus par leurs auteurs, les journaux intimes qu'a choisis Adila Bennedjaï-Zou dessinent une mosaïque sensible.
 
Adila Bennedjaï-Zou poursuit son travail autour du récit intime. Réalisatrice de documentaire autobiographique tel que Mes années Boum, Une enquête algérienne, PMA hors-la-loi ou Ex-ologie (France Culture), elle signe une deuxième saison du Journal de ma vie dans Les pieds sur terre. De la confidence silencieuse de l'écriture naît ici un récit audio souvent bouleversant, où les auteurs prêtent leur voix à leurs propres textes, livrant des lectures sensibles et profondément personnelles. Cinq épisodes et autant de manières d'écrire pour donner sens à l'existence. Ariane G. remplit entre 7 et 18 ans des pages brûlantes, où elle invente sa vie pour ne pas la subir. Baptiste T. est écrivain, il navigue entre solitude et faim d'absolu. Mathieu F., lui, est partagé entre foi et plaisir de la chair. Catherine B. part en Angleterre à l'âge de 20 ans, après la mort de sa mère. Elle explore l'amour, la liberté et sa propre identité. Amandine Elle., enfin, écrit pour se délivrer d'un amour toxique et retrouver sa propre voie dans les décombres de la rupture.

Des récits découverts, pour la plupart, grâce à l'Association pour l'autobiographie et le patrimoine autobiographique (APA), qui conserve une impressionnante collection de journaux intimes ou même des carnets de voyage… Ce fonds unique en France est alimenté par des dépôts volontaires ou des dons venus d'ayant droit, de carnets retrouvés en débarrassant une maison ou de vides-greniers. « Nous recevons de plus en plus de journaux, explique Claudine Krishnan, membre de l'association. Ce sont des témoignages d'une grande richesse humaine, et une ressource précieuse pour les chercheurs comme pour les écrivains. »

Comment distinguer les histoires taillées pour la radio et le podcast ? « Mon critère, c'est l'éloquence de gens sincères, explique Adila Bennedjaï-Zou. Ceux qui cherchent à retranscrire au plus juste ce qu'ils ont vécu. » À travers sa démarche, Le journal de ma vie dépasse la simple lecture de fragments d'existence : il compose une mosaïque sensible du rapport au monde, un miroir social et émotionnel. La productrice tisse un lien profond entre le personnel et le collectif, transformant des journaux oubliés en récits vivants, vibrants, profondément humains.

C. L. 

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