Ce sont deux figures de l’APA qui nous ont quitté à quelques semaines de distance, Danielle est décédée le 2 février, René a suivi son épouse aimée le 21 mars.
Tous deux ont été de très actifs membres du groupe APA de Strasbourg, créé dès novembre 1997. Ils ont participé au séminaire Lecteurs de vie de la Pellonnière en octobre 2000 qui fut un moment essentiel dans l’élaboration de la lecture apaïste ainsi qu’au second séminaire sur le même sujet à Strasbourg en 2007.
Danielle, professeur d’anglais, a travaillé sur son père, grand intellectuel et résistant, dont elle a retracé le parcours dans Sur les traces de Jean Gosset (1912-1944).
René, quant à lui, professeur de lettres classiques, brillant grammairien, s’est particulièrement consacré à la réflexion sur l’écriture de l’écho dont il a contribué à fixer les règles. Son texte La rhétorique de l’écho, publié dans la Faute à Rousseau n° 48 est un élément précieux du « kit de l’échoteur » que nous remettons à nos lecteurs novices lorsqu’ils intègrent le groupe de lecture de Toulouse. Sa conférence Le désir d’autobiographie est également un document fondamental pour éclairer ce qui peut motiver nos pratiques autobiographiques.
Il a déposé de nombreux documents à l’APA, soit rédigés par lui-même, évoquant son enfance, un amour d’adolescence, ses souvenirs d’appelé pendant la guerre d’Algérie, soit par son père pendant les deux conflits mondiaux.
Ces dernières années, René s’était lancé dans un travail magistral, recueillant sur un site internet les récits de nombreux témoins, militaires ou civils de la débâcle de juin 40. Il est savoureux d’y trouver son propre témoignage : Cinq ans et demi, en poussette sur les routes de la Beauce. L’ensemble a donné lieu à la publication d’un livre aux éditions Scripta en 2023.
Je garde un souvenir fort de ma première rencontre avec René. C’était la toute première fois que je participais à une réunion publique de l’APA à l’occasion de la table ronde de Mars 2002 sur Censures et autocensures. René y était intervenu en présentant la question au travers d’un dialogue à la façon de Platon, à partir d’un mystérieux manuscrit venant d’être retrouvé et dont il aurait assuré la traduction. C’était extrêmement brillant, révélateur de l’immense culture de René, de ses qualités d’écriture, de la finesse de son humour, bref, un concentré de ses talents.
Bernard Massip