Invité par l’Institut Mémoires de l’Édition Contemporaine (IMEC) de Caen à composer, à partir de ses collections, une sorte d’autobiographie, Thomas Clerc a assuré le commissariat de l’exposition Autoportrait, à voir jusqu’au 29 novembre 2026.
Depuis sa création en 1988, l’IMEC conserve les fonds d’archives des grands écrivains et cinéastes de l’époque contemporaine. Brouillons, images, lettres, listes, agendas, journaux... À travers ces documents se lit le quotidien de Colette, George Perec ou encore Éric Rohmer, tant d’auteurs qui furent des références pour Thomas Clerc. Aujourd’hui, l’exercice est renversé : et si ces archives révélaient en fait plus de nous-mêmes ?
« Entre essais, rêveries, règle du jeu, gloses et autres biffures, c’est bien au miroir de la littérature que les formes les plus neuves se sont inventées pour répondre à l’énigme métaphysique [du « qui suis-je ? »], écrit Nathalie Léger, directrice de l’IMEC. Ainsi, de Montaigne à Rousseau, de Leiris à Barthes, l’autoportrait, loin du simple récit biographique, est un genre littéraire qui a solidement fait ses preuves. Certains y voient même le secret de toutes recherches, et jusqu’aux plus scientifiques, car c’est toujours un sujet qui choisit, organise, interprète, qui lit en un mot. Loin du dogme d’une impersonnalité supposée, il revient à la modernité, qu’elle qu’en soit l’époque, de reconnaitre qu’un sujet n’est jamais anonyme... »
À l’initiative de Pierre Leroy, président de l’IMEC, et de Nathalie Léger, l’exposition Autoportrait a poussé Thomas Clerc, essayiste, romancier et poète, à décortiquer plus de soixante fonds d’archives pour présenter une mise en espace de soi à partir des autres. Bien sûr, on peut y voir les sources d’inspiration et influences de l’auteur, comme George Perec, mais le processus introspectif va plus loin. Des échos se dessinent entre les souvenirs de Thomas Clerc et ceux de Philippe Soupault, les lectures de Guillaume Dustan et les siennes, la personnalité d’Édouard Levé, son ancien ami, et la sienne. On a comme l’impression de lire et voir une transmission d’une génération à l’autre, entre héritages, appropriations et détournements : comme un pont entre les époques, une passerelle entre soi et les autres. Thomas Clerc revient sur l’éclectisme de ses choix de référence : « J’aime des écrivains antinomiques. Quel rapport y a-t-il entre Hélène Bessette, Roland Barthes, Céline, Colette, Guillaume Dustan, Édouard Levé ou Marc-Édouard Nabe ? Au fond, ce sont des écrivains qui n’ont a priori rien à voir les uns avec les autres, et pourtant, ils sont tous, je crois, pénétrés par la littérature. C’est ça qui fait la définition même de l’écrivain. Un écrivain, c’est quelqu’un qui est traversé par la littérature. »
Voir la présentation sur le site de l'IMEC