Pour l'autobiographie-Bulletin n° 0
C’était le 19 juin 1991 à Nanterre.
L’appel a été lancé par Chantal Chaveyriat-Dumoulin devant un public d’une centaine de personnes : universitaires, certes, mais aussi archivistes et bibliothécaires, diaristes et autobiographes, réunis là pour réfléchir aux archives autobiographiques : comment les recueillir, les conserver, comment les mettre en valeur et leur permettre d’être lues ?
Il y avait eu une table ronde. On avait exposé des projets : inventaires informatisés, centres d’archives de ceci, conservatoires de cela. De toute façon, il fallait des sponsors, des châteaux, des millions, des structures. Il fallait tant de choses qu’il n’y a rien eu.
Chantal, pendant la discussion qui a suivi, s’est levée, un petit bout de papier à la main. Elle a dit en gros : aide-toi, le ciel t’aidera. Elle a dit, si on fondait une association ? Elle a dit : Ici Ambérieu-en-Bugey (Ain), les autobiographes parlent aux autobiographes.
Une association pour quoi faire ? D’abord pour lire les textes autobiographiques. Pour écouter ceux qui les conservent, ou qui les ont écrits, et parier avec eux. Pour remplir le vide énorme qui existe entre eux et les institutions (édition, archives) qui souvent ne sont pas préparées à les écouter. Pour créer un espace de dialogue. Informer les uns, sensibiliser les autres. Et puis tout simplement, permettre à tous ceux qui s’intéressent à ça de se rencontrer. Plus on est de fous, plus on rit.
Il y a eu des approbations chaleureuses, il y a eu des sourires de sympathie, il y a eu des sourires de scepticisme. Il y a eu tout ce qu’il y a dans ces cas-là. Mais suffisamment de chaleur pour qu’au mois de novembre nous nous retrouvions une quinzaine pour fonder l’association. Chantal avait préparé des statuts. Et surtout un texte sur les objectifs. On l’a discuté, modifié, adopté, en faisant connaissance. On a mangé et bu ensemble. C’était bien agréable.
Les statuts ont été déposés à la sous-préfecture de Belley en février 1992. Ambérieu-en-Bugey est une charmante petite ville. La bibliothèque municipale, « La Grenette », nous accueille. Nous existons. Ça fait bizarre d’être une association.
On attend de vous monts et merveilles. On vous demande parfois ce que vous offrez pour le prix de la cotisation. On a presqu’envie de répondre comme Churchill : du sang, de la sueur et des larmes. C’est délicat au début de faire comprendre qu’on n’offre rien, mais qu’on demande. En fait on ne demande rien de pénible. D’apporter ses idées. De lire des textes. De participer à certaines tâches communes. Ou simplement de nous soutenir en adhérant. Et d’en parier à d’autres gens qui pourraient être intéressés.
Bien sûr nous offrons aussi, et d’abord de lire les récits, journaux, textes autobiographiques qu’on voudra bien nous proposer. De réagir à cette lecture. D’aider éventuellement à les conserver. Nous en avons déjà reçu. Le 1er juillet 1991, sur France-Culture, j’avais annoncé notre projet d’association, et des textes sont arrivés, dont on trouvera ici l’écho. Lire le n° 0
La première année, nous devrons nous roder à cela. Organiser la circulation des textes. Prendre la mesure des modes d’intervention que nous pourrons avoir.
La première chose est d’informer, de poser des problèmes, d’établir des relations. C’est l’objet de ce premier bulletin. Nous en publierons un chaque semestre, pour commencer. Celui-ci a une structure toute provisoire, artisanale et expérimentale. Dites-nous votre réaction. Faites des suggestions. Notre association sera ce que nous en ferons.
Philippe Lejeune
Pages blanches ...p 3
Après moi ? ...p 5
Echos du "Je" ...p 6
Enquête: "J'étais une fois" ...p 7
Notre Grenier ,..p 10
Nous avons lu ...p11
La page des Associations ...p13
Manifestations annoncées ...p 13